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Témoignages



29-04-2008
Enfants vus dans le sud.


10-11-2007
Partout où je vais


09-11-2007
J'etais née ...


13-06-2006
Solidarité : soirée à Meylan ... (Isère)


23-02-2006
Voyage à Phu Ly


02-10-2005
Nguyen Thanh Tung (autobiographie)

Traduction française

18-05-2005
Le cœur d'une mère
(English version available)



18-05-2005
Mon histoire


29-03-2005
Histoire de Trân thi My Quyên



Histoire de Trân thi My Quyên



[29-03-2005]   My Quyen

Tran thi My Quyên est née le 2 Juillet 1975 à Quang Nam, Vietnam, handicapée de naissance (sans mains et sans pieds).
Son père, était officier dans l'armée de Saigon, ayant des contacts avec la résistance, il a pu éviter les camps de rééducation après la guerre, et travaille depuis comme agriculteur, sa mère était infirmière, après la guerre, elle tient un petit commerce au marché local.
Quyên a obtenu une Maîtrise de Français à la Faculté des Sciences Sociales et Humaines de Ho Chi Minh Ville, elle est mariée et a une petite fille née en 2001.

Parcours professionnel :

Novembre 2000 :

Participe à la rencontre internationale des handicapés organisée au Laos dans le programme de formation des leaderships handicapés.

2000-2001:
Enseigne aux enfants handicapés du Centre d?Enseignement pour les enfants handicapes du 4ème arrondissement de HoChiMinh ville.

Actuellement (depuis 2003) :
Travaille à l'Ecole Supérieure Semipublique Lotus ('Hoa Sen') dans le Service de formation et gestion des étudiants.
Elle représente actuellement notre Association dans la région sud du Vietnam.
Au sein de son école elle crée un groupe d'étudiants appelé "Groupe Compassion" qui rendent visite aux différents centres d'enfants handicapés.

Adresse actuelle:
184/5H Ap Tam Dong, xa Thoi Tam Thon, huyen Hoc Mon, HoChiMinh-Ville, Tel : 2511289




My Quyen
My Quyên,son mari et sa fille.
Ben Tre
Remise de bourse
Quyen & Cong
Visite à un jeune parrainé
Compassion
Groupe Compassion


L'interview qui suit est réalisé le 7 Juin 2004, il est enregistré sur cassette, puis transcrit.

Quyên :

Je me suis rendu compte que je suis une handicapée quand à l'age de cinq ans, j'allais à l'école maternelle. J'étais née dans une région très pauvres de la province de Quang Nam. Nous étions cinq frères et soeurs, plus une soeur que mes parents ont adoptée, elle était orpheline.
Mes parents sont pauvres, mon père était officier de l'armée de Saigon mais avait des contacts avec l'armée de libération. Après la guerre il travaille les champs.
Ma mère exerçait avant le métier d'infirmière, comme la famille devient de plus en plus nombreuse, elle abandonne le métier et tient un commerce au marché local.
Après l'école maternelle, j'allais en classe 1 (classe de CE1) dans une école près de chez moi, puis la classe 2 où j'étais bonne élève. La classe 3 se trouve dans une école plus éloignée de notre maison, environs 2km. A cette époque j'allais pieds nus, je n'avais pas de 'sandales' 1 comme maintenant. Comme j'étais brillante élève, l'instituteur qui enseignait la classe 3 du village me faisait passer directement en classe 4, me faisant gagner une année.
Mon père nous disait qu'il ne peut nous laisser que l'éducation et il n'y a rien d'autre. Et c'est ainsi, depuis ma grande soeur Hai 2 jusqu'à mes petits frères et ma soeur cadette, nous travaillions bien à l'école. J'aime étudier malgré les difficultés. Pour faire la classe 6 qui était assez loin de chez nous, je n'avais que mes jambes. La région est inondée trois mois par ans. Il faut s'aider d'un baton et parfois deux. Vers cette époque, un copain de ma soeur aînée Hai m'emmenait, on marchait dans l'eau lentement, on perd pied souvent, une fois j'ai failli noyer.
La classe 10 (classe de seconde), dans une école de troisième cycle (équivalence du lycée) est à 17km de chez nous. Cô 3 Xuan Lan m'hébergeait dans sa maison à Tam Ky. Elle me conseillait sur mon futur professionel, m'encourageait à réussir dans mes études, elle me disait que peut être, plus tard, je peux aller dans un pays étranger me faire opérer. J'ai suivi ses conseil et termine major de la promotion.
Après avoir terminé le cycle secondaire, j'ai réussi le concours d'entrée dans une école supérieure, mais l'école ne m'a jamais contacté, heureusement, une de mes amies a vu les résultats et m'a prévenu.
Après l'école supérieure, j'ai dû m'arrêter quatre ans, mon père m'avait donné deux onces d'or (400.000d) pour commencer un petit commerce de chaussure, de tongues et de chapeau au marché. Après quatre ans de travail j'ai pu économiser 2 millions de dông. Je demande à mes parents l'autorisation d'aller à l'Université de Ho Chi Minh Ville pour étudier les langues étrangères.
Dans cette grande ville tout m'était étranger, la vie était bien chère, et je n'avais aucune connaissance sur place. Pour aller de la gare routière à l'adresse que l'on m'a donnée, je me faisais arnaquer par le conducteur qui me prenait 20.000 d, tout en me parlant de faveur, alors que je découvrais plus tard que le trajet n'était pas si loin, et que cela coûte environs 5.000d !!
J'ai réussi le concours d'entrée à l'université, section langue française. Pendant les années d'enseignment général, j'étais bonne en math, physiques, et chimie, mais à cause de la rupture prolongée, j'ai oublié pas mal de chose. Je choisis le français avec la perspective de faire le métier de traducteur plus tard.
Il y a une femme qui habite la rue Hoang Van Thu qui m'hébergeait. Elle était mariée, et nous habitions tous les trois dans 6m2. Plus tard un journal commence à parler de mon histoire, une femme qui vend des billets de lotterie me loge pour 50.000d mensuelle, nouriture comprise, elle est vraiment très bonne pour moi. Puis le journal des femmes 'Phu Nu' publie un article sur moi et une dame m'a présentée à la pagode Thieu Quang. J'habite à la pagode pendant un mois, le journal Lao Dong publie un autre article sur moi, grace à cet article, mon université me trouve une place à la cité universitaire.

L'interviewer :
Est ce que vous aviez une bourse ?

Quyên :
Je n'ai aucun certificat (reconnaissant mon état), je n'ai aucune bourse, mais après un mois de faculté, la Compagnie Pharmaceutique de la Ville m'offre 300.000d pour les quatre ans d'étude ...
A ma deuxième année d'étude je donne des cours de français pour aider mon jeune frère. Mon petit frère, celui qui est immédiatement après moi, handicapé lui aussi, suit des cours à la faculté d'architecture, qui coûte plus cher, j'ai dû l'aider.

L'interviewer :
Après être diplômée, comment faites vous pour chercher un emploi ?

Quyên :
J'étais une handicapée, alors j'ai postulé pour un poste d'enseignante dans le Centre des Jeunes Handicapés du Quatrième Arrondissement. Le directeur de l'établissement était un moine bouddhiste. Le centre n'est pas très loin de sa pagode. C'est un grand centre avec une centaine d'élèves handicapés. J'enseigne dans la classe des grands. Il y a la classe Lotus d'or, Lotus blanc, Lotus rouge, la classe Lotus rouge est la classe des grands, il y a 6, 7 élèves, avec des niveaux divers (niveau 1 (ce), 2 (ce2),3(cm1) ...) il y a des retardés mentaux, ceux qui ont le syndrône Dao, des paralysés, des épileptiques. Les enfants sont en demi pension, le soir ils rentrent dans leur famille.

L'interviewer :
Avez vous rencontré des difficultés dans l'enseignement des handicapés ?

Quyên :
J'ai suivi plusieurs stages d'enseignement des enfants handicapés, c'est pourquoi j'ai pu les comprendre. Fondamentalement il faut les comprendre pour pouvoir leur apprendre quelquechose. Pendant mes années universitaires, tous les étés, j'allais à Dong Nai, chez Cô Nga qui dirige l'école des handicapés ?Hoang Tu Be? (Le Petit Prince) . Il y a beaucoup d'enseignants qui viennent là pour se resourcer.

L'interviewer :
Comment faites vous pour comprendre les jeunes ?

Quyên :
Il faut les comprendre individuellement. Il y en a un qui est bon en lettre, il sait écrire, il a 18 ans et est au niveau de la classe 2. Il est bon en littérature, écrit bien mais est incapable de comprendre le calcul, il sait faire quelques additions mais pas de soustraction. C'est pourquoi la classe se divise en plusieurs groupes. Il faut être très psychologue, savoir ce qu'on peut enseigner, la coercition est vouée à l'échec. Ils n'ont pas peur ni des punitions ni des coups. Mais leur expliquer les choses, ils comprennent, et quand ils comprennent ils respectent, ils vous respectent quand vous êtes juste.
J'arrête d'enseigner dans ce Centre quand je me suis mariée, ils m'aimaient bien. Il y a un qui a des difficultés à parler, qui dit qu'il m'en veut, car j'allais me marier et que je jes abandonne !
J'ai travaillé là pendant un an et demi, l'année suivante, j'ai mis au monde ma petite fille.

L'interviewer :
Pour votre maternité vous vous êtes arrêtée combien de temps ?

Quyên :
Je recommence à travailler quand ma fille a un an, pas comme enseignante au Centre, mais au sécrétariat de l' école Lotus, qui est une école supérieure semi publique d'ingénierie.

L'interviewer :
Je voudrais vous poser une question concernant votre famille : vous êtes deux handicapés dans votre fratrie, est ce que pendant la guerre vos parents avaient vécu dans une région où on épande l'agent orange ?

Quyên :
Mon père est officier de l'armée de Saigon, il a le niveau baccalauréat, il avait des contact avec la résistance, c'est pourquoi après la guerre, il n'avait pas à faire les camps de rééducation, malgré qu'il était officier. Notre maison se trouve près d'une colline nue (sans herbe) 4 . Les soldats de la résistance occupe une moitié de cette colline. C'est le hameau de Binh An, du district Thang Binh, province Quang Nam. Mon hameau natal se trouve près d'une grande base américaine.
Ma grande soeur Hai enseigne actuellement dans un lycée à Phuoc Son. Mes deux plus jeunes frères, un est architecte à Ho Chi Minh Ville, un a terminé ses études de médecine et travaille à Hoi An, ma soeur cadette est en deuxième année de l'Ecole Supérieure de Pédagogie (equivalente aux IUFM) et vit avec nos parents.
Nous avons tout mené à bien nos études, en prenant exemple sur notre grande soeur Hai, quand elle est à la classe 10, j'étais à la classe 7. On était passioné par les études.
Notre mère était infirmière, après 75 elle tient une petite étale au marché.
J'étais handicapée mais j'ai dû payer mes études, c'est à la classe 12 que j'en suis dispensée.
Mon frère handicapé, lui, a vu ses frais d'étude réduits à la classe 9 .
Notre famille a 7 'sao' 5 de rizière. Mes parents on travailé double, triple pour couvrir nos besoins. Une fois rentrés de l'école nous décortiquions les cacahuettes, nous travaillions en plus, garder les bufles, les vaches, économisant de l'argent pour les études, le travail était dur.

L'interviewer :
Vous avez vu la peine de vos parents, et cela vous a motivé.

Quyên :
C'est vrai, la motivation vient surtout des parents.

L'interviewer :
Avant votre mariage, comment l'amour est venu entre votre mari et vous ?

Quyên :
Nous nous sommes rencontrés dans un club de visiteurs aux enfants handicapés. Il est étudiant à l'école Lotus, moi à la Faculté de lettre. Toutes les semaines ou deux semaines nous nous rendons à Dong Nai pour rendre visite aux enfants de l'école 'Hoang Tu Be'.
En fait quand les journaux commençaient à publier des articles sur moi, un des ses amis, qui me connaît m'a présenté à lui, nous nous connaissons trois ans avant de nous marier.

L'interviewer :
Quand il vous parle de mariage, est ce que vous vous hésitez ?

Quyên :
Depuis tout petit, j'ai toujours voulu être indépendante. Au début je n'ai pas l'intention de me marier. Durant les trois années de travail humanitaire avec les enfants handicapés, nous nous comprenions mieux et nous nous sommes rapprochés l'un de l'autre. Même handicapée, je fais tout moi même. A vrai dire les handicapés ne font pas les choses comme les gens normaux, ils font les choses à leur manière, pourvu que cela résoud leur problème. Les handicapés n'aiment pas se reposer sur les autres. Je peux m'occuper de ma fille, l'éduquer, assez aisément.

L'interviewer :
Vous habitez encore chez votre belle famille quand l'enfant est né ?

Quyên :
Ma belle famille est une famille très nombreuse qui a un restaurant. Mon mari est le 13ième enfant. Quand on s'est marié, nous nous sommes dits, l'importance est de partager, de s'occuper ensemble de nos enfants. Nous avons une chambre de 6m2. Quand ma fille a un an, je prends un travail à l'ecole 'Lotus', car après mon mariage, j'ai vu que si je continue comme enseignante au Centre des Handicapés avec le salaire de 400.000d je dois en plus donner des cours de français. Cela me prend trop de temps.

L'interviewer :
Maintenant que vous avez une famille, un emploi stable, avez vous d'autres projets ?

Quyên :
Je suis entrain de faire construire ma maison à Hoc Môn. L'ecole Lotus m'a donné un terrain de 4m sur 16m pour construire une maison de 40m2, l'école m'aide à acquérir le terrain et finance la construction.
Mon prochain souhait est d'aider les handicapés à se débarrasser de leur complexe. J'ai un ami paralysé, qui est en fauteuil roulant. Il en a honte et redoute de rencontrer les gens, il redoute le regard des autres. C'est pourquoi lorsqu'il a besoin d'aller quelque part, il attend le soir et loue un taxi. J'allais chez lui et le sortais, je lui disais de se considérer comme une personne normale. Maintenant il commence à s'habituer à rencontrer des gens, et il aime sortir (rire). Il sort souvent maintenant ...

L'interviewer :
Une dernière question : est ce que vous vous rappelez encore des difficultés lorsque, dans votre enfance, vous apprenez à marcher, à écrire ?

Quyên :
Je marche très tard. Mes parents croyaient que je ne marcherai jamais. Je me déplaçais à quatre pattes. Puis à 18 mois, ma soeur adoptive m'a vu courir ! Je ne savais pas marcher mais j'arrivais à courrir. J'aime être indépendante. Je demande rarement de l'aide. Seulement dans les cas de force majeur. Pour ce qui est d'écrire, je ne me rappelle pas quand j'ai su le faire. Bien entendu, les gens normaux procèdent différemment, les handicapés doivent imaginer une solution adéquate, inventive. J'arrive à me débrouiller grace à cela.

1Rappelons que Quyen est née sans main ni pieds, les membres supérieurs et inférieurs se terminent par des moignons.

2Hai veut dire Deuxième, c'est ainsi que l'on appelle les aîné(e)s au Vietnam, à la place de leur prénom.

3Cô signifie 'tante' , il est fréquent que les jeunes appellent les gens de l'âge de leur parents 'tante' , même s'il n'y a aucun lien de parenté, ici Quyên parle d'un jeune professeur de son lycée, plus loin vous verrez que les enfants dans l'école où Quyên enseigne vont l'appeler 'cô' (tante) aussi.

4Dans l'interview Quyen parle de 'ddo^`i tro.c', mot à mot 'colline chauve', elle n'a pas dit explicitement 'desherbé' .

5Sao : unité de mesure de surface , environs 497m2, utilisée pour mesurer les rizières.




Croix Rouge Vietnamienne

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Articles parus dans les journaux depuis le 28/02/2005.